mercredi 29 janvier 2014

Les bienfaiteurs des dictatures

2011

L'indignation que les politiciens des pays occidentaux expriment dans les médias au sujet des dictateurs qui massacrent leurs citoyens porte avec elle un vague relent d'hypocrisie qui rend ces hommes et ces femmes un peu suspects quand ils invoquent «l'intervention humanitaire armée» pour aider les citoyens qui veulent chasser leurs tortionnaires du pouvoir.

C'est ce qui est en train de se passer en Libye, alors que les politiciens du monde occidental gesticulent beaucoup pour se porter à la défense du peuple soumis au joug de Khaddafi. Les bonnes intentions qu'ils étalent sur la place publique cachent-elles des squelettes dans leurs placards respectifs, squelettes qu'ils voudraient bien nous faire oublier?


Derrière chaque dictature, il y a des «bienfaiteurs» qui soutiennent leurs efforts. Par exemple, en Égypte, les États-Unis ont accordé un appui de 1,5 milliard $ à ce pays en 2010. De cette somme, 200 millions ont servi à l'aide économique et l'autre «pacotille» de 1,3 milliard de dollars a été consentie à titre d'aide militaire. On peut présumer que le dictateur égyptien a acheté quelques fusils et quelques balles qui ont servi à tirer sur les gens durant la révolte de la place Tahrir du Caire. On prend les moyens qu'on peut pour essayer d'intimider le peuple quand on veut conserver le pouvoir. Depuis de nombreuses années, l'Égypte, après Israël, est le pays qui bénéficie du plus grand soutien financier de la part de Washington. En retour de cet appui, le pays du raïs a défendu avec vigueur la politique américaine au Moyen-Orient. On peut aussi imaginer qu'une part importante de cet argent a retrouvé le chemin des États-Unis et qu'il contribue sans doute aux profits des multinationales américaines de l'armement.


Quand on connaît ces détails de l'aide américaine, on comprend pourquoi le président Barack Obama a condamné du bout des lèvres le président égyptien et qu'il s'est contenté de demander une «transition ordonnée» vers un autre pouvoir en Égypte.

Pour ce qui est de la Libye, le discours à l'égard de Khaddafi est plus véhément. Selon les informations que nous recevons, nous avons affaire à un dictateur sanguinaire qui n'hésite pas à faire couler le sang. Pour mettre fin au massacre, les politiciens occidentaux et certains perroquets médiatiques crient haut et fort la nécessité d'imposer une zone d'exclusion aérienne. Pourtant, tous ces joueurs de l'actualité oublient de nous dire d'où proviennent les armes du dictateur.

Selon un article d'un site internet français (1), l'Italie a vendu pour 111 millions d'euros d'armes à la Libye en 2009, le Malte, 80 millions, l'Allemagne, 53 millions, la France, 30 millions et l'Angleterre, 25 millions. Dans ce même texte, on fait remarquer que les pilotes qui ont refusé de bombarder leurs concitoyens en se réfugiant à Malte étaient aux commandes d'appareils «Mirages F-1» construits par Dassault en France.

Comment aujourd'hui peut-on croire les chefs d'État qui invoquent l'intervention armée à des fins humanitaires, alors que ce sont ces mêmes politiciens qui arment jusqu'aux dents les dictateurs de ce monde? George Galloway, un ancien député travailliste anglais qui n'a pas la langue dans sa poche, affirme que ce qui intéresse les classes dirigeantes occidentales en Libye, c'est avant tout le sous-sol de ce pays, réputé contenir de vastes réserves de pétrole et de gaz naturel. Pour appuyer son raisonnement, Galloway affirme que les pays occidentaux n'ont pas demandé d'imposer à Israël une zone d'exclusion aérienne au cours de l'opération «Plomb durci» qui a causé la mort de 1400 Palestiniens, en majorité des civils sans défense.

Pour développer le potentiel pétrolier et gazier de son pays, Khaddafi a compris qu'il avait besoin de l'argent et du savoir-faire des pays industrialisés. D'ailleurs, en 2007, le chef libyen savait comment faire saliver des chefs d'entreprises occidentaux quand au cours d'une rencontre au Ritz de Paris, il avait comparé son pays à «une mer de pétrole et un réservoir de gaz qui jouit de la stabilité politique.» (2)

Dans le marchandage pour mettre la main sur les profits générés par l'exploitation des ressources des pays arabes, certains pays occidentaux n'hésitent pas à vendre les armes qui aujourd'hui permettent aux dictateurs du Moyen-Orient d'écraser ou d'essayer de contrôler les révoltes populaires contre l'oppression. Pendant ce temps, plusieurs de nos chefs d'État dénoncent sur la tribune publique la violence, alors qu'ils ont sur leurs propres mains une partie du sang des civils arabes qui se battent contre l'injustice. Il n'y a peut-être pas seulement les dictateurs du Moyen-Orient qui devraient être convoqués devant la justice!


Source 1 : http://www.rue89.com/2011/02/25/vente-darmes-a-la-libye-cest-avant-quil-faut-sindigner-192255
Source 2 : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/seconde-rencontre-kadhafi-sarkozy_468617.html

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