- Avec une économie au point mort, le revenu par habitant a chuté : Madagascar a connu une forte croissance démographique (2,9%), la population ayant augmenté de plus de 3 millions de personnes de 2008 à 2013. Avec un revenu national qui stagne, le revenu par habitant en 2013 est retombé à son niveau de 2001.
- La pauvreté a fortement augmenté: Les premières estimations indiquent que, de 2008 à 2013, la proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté (qui était déjà élevée avant la crise) a sans doute augmenté de plus de 10 points de pourcentage. Aujourd’hui, plus de 92% de la population vit avec moins de 2 dollars PPA (parité de pouvoir d’achat) par jour ce qui fait de Madagascar l’un des pays les plus pauvres au monde.
- Les indicateurs sociaux se sont détériorés : en dépit de l'aide liée à la crise dans les secteurs sociaux, selon les estimations le nombre d'enfants non scolarisés a peut-être augmenté de plus de 600.000. La malnutrition aiguë des enfants reste un problème critique. Dans certaines zones, elle a augmenté de plus de 50%. De nombreux centres de soins de santé ont été fermés, et les parents pauvres ont dû assumer une lourde part du coût de scolarisation de leurs enfants, en raison de la défaillance du financement étatique. Cette évolution hypothèque le bien-être des générations futures. À ce jour, Madagascar ne sera pas en mesure d’atteindre la plupart des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) d'ici 2015, même ceux qui avaient été jugés, avant la crise, potentiellement réalisables (tels que la réduction de la mortalité infantile, l’augmentation du taux net de scolarisation et d'achèvement dans le primaire, ainsi que l’élimination de l’extrême pauvreté).
- Les finances publiques sont de plus en plus sous pression: Le maintien de la stabilité macroéconomique a dû se faire sous une pression croissante. Les recettes fiscales sont en baisse, la fraude fiscale a augmenté, et la capacité à maintenir le niveau des dépenses globales est remise en cause en raison des pressions politiques, des grèves et des chocs. Même si la gestion macro-économique reste prudente, le transfert des coûts d’assainissement d'une situation fiscale affaiblie au prochain gouvernement est un risque réel.
- L'aide étrangère reste en sourdine: L'aide officielle sur la période 2009-13 a chuté d'environ 30%, avec une proportion importante transférée vers des programmes humanitaires, ce qui soulève la question de leur pérennité.
- L’infrastructure s'est détériorée: En plus des dégâts causés par les cyclones, des coupes budgétaires sévères en matière d'investissement et de maintenance ont aggravé la dégradation des routes et des infrastructures d’eau et d'électricité ce qui entrave la croissance à moyen et à long terme de l'économie malgache.
- La capacité d’adaptation aux chocs exogènes est gravement compromise: les risques actuels liés au contexte économique mondial, en particulier en Europe, augmentent la vulnérabilité de l'économie malgache, compte tenu de sa dépendance aux exportations et au tourisme. Le pays est aussi très vulnérable aux catastrophes naturelles (tels que les cyclones de 2008 et 2012). La crise politique est devenue un obstacle majeur qui empêche de faire face à ces chocs et d’en atténuer l’impact.
- La résilience de l'agriculture a contribué à éviter une crise alimentaire jusqu'ici, mais de nouveaux risques sont apparus: l'invasion acridienne en cours menace la production agricole et la sécurité alimentaire. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que jusqu'à 60% de la récolte de riz est menacée. La crise politique représente un obstacle à la mise en place d'une réponse appropriée.
- Les problèmes de longue durée en matière de gouvernance à Madagascar ont été exacerbés: l'affaiblissement de l’état de droit, l'insécurité croissante, la mauvaise gouvernance dans l'exploitation des ressources naturelles (bois de rose, or, pierres précieuses), des progrès limités sur le front anti-corruption et la faible transparence dans la gestion des ressources publiques sont des problèmes que la crise n’a fait qu’aggraver.
- La résilience du secteur privé au cours des premières années de crise est de plus en plus mise à l’épreuve : Il y a eu peu de nouveaux investissements nationaux ou étrangers. Le manque de dynamisme économique global, les problèmes croissants d'infrastructures (notamment, l’état des routes et l'accès à électricité), ainsi que la détérioration de l'environnement de la gouvernance nuisent aux perspectives de croissance à court et à long terme du secteur privé. Aucune création importante d'emplois n’a pu, ou ne pourra, avoir lieu dans ce contexte.
mercredi 29 janvier 2014
Madagascar : chiffrer les coûts de la crise politique - Banque mondiale
Libellés :
banque mondiale,
crise 2009,
Economie,
Gouvernance,
Madagascar,
Pauvreté
Pays/territoire :
Madagascar
L'Accaparement des Terres à M/car - Situation Inventaire (source:Victimes)





Libellés :
Accaparement des terres,
Madagascar,
TANY
Pays/territoire :
Madagascar
Le Collectif TANY veut un état des lieux - Madagascar/Prédation territoriale
Le Collectif TANY réitère la nécessité d'une mise à la disposition du public d'un état des lieux sur les terres malgaches déjà vendues et en cours de bail…»
"Si la loi 2007-036, dont nous demandons l'abrogation dès la mise en place d'un nouveau Parlement, autorise en effet l'achat de terrains par les sociétés à capitaux majoritairement étrangers, le Collectif TANY conteste fortement toute prise de décision sur de telles ventes de terres pendant la Transition."
"…le projet italien Biomasse Biocarburant Ihorombe de Tozzi Green qui vise 100 000 ha pour cultiver essentiellement du jatropha et s'est déjà vu attribuer 8 000 ha."

Mesdames et Messieurs, Chers amis
Veuillez trouver, ci-dessous, l'alerte que le Collectif TANY vient d'envoyer aux autorités et de diffuser, face aux nombreuses menaces d'accaparements de nouvelles terres actuelles.
Merci beaucoup pour votre soutien Le Collectif TANY
Plus que jamais, redoublons de vigilance sur les terres malgaches !
En cette période de crise politique à Madagascar où la question qui occupe la majorité des observateurs semble être la préparation des élections prévues potentiellement pour mai 2013, le Collectif TANY appelle à une vigilance accrue pour dénoncer les manœuvres et projets des autorités actuelles qui pourraient profiter de cette période pour mener des transactions risquant de léser les droits des paysans et familles malgaches actuels et des générations futures.
En effet plusieurs informations inquiétantes pour l'avenir apparaissent de manière anodine dans la presse :
Dans le cadre d'un appel aux investisseurs étrangers à travailler dans le cadre des « réserves foncières touristiques » à Madagascar publié en octobre 2012 dans un organe de presse international et précisant que « 21 sites étalés sur 8 800 hectares ont déjà été délimités », la possibilité d'acheter les terres est avancée clairement comme argument de promotion 1. Si la loi 2007-036, dont nous demandons l'abrogation dès la mise en place d'un nouveau Parlement, autorise en effet l'achat de terrains par les sociétés à capitaux majoritairement étrangers, le Collectif TANY conteste fortement toute prise de décision sur de telles ventes de terres pendant la Transition.
Des responsables malgaches et étrangers ont proposé que Madagascar devienne « le grenier de l'Océan Indien » 2 et ont vanté les qualités de nos terres au cours de diverses réunions pour motiver les entreprises à réaliser des investissements agricoles à Madagascar. L'île Maurice est en effet « en tête des acquisitions de terres rizicoles au Mozambique » 3. Nous dénonçons le projet d'attribution de concessions 2 aux nouveaux investisseurs évoqué dans les media comme ayant reçu « une première réponse favorable des autorités » en août 2012. Des concertations préalables sont indispensables, impliquant notamment tous les citoyens des zones concernées, appuyés par des juristes et autres experts défendant les intérêts des paysans. Ces concertations comprendront des informations et des clarifications sur les différents types de contrats possibles, sur leurs conséquences respectives sur les droits des collectivités locales et des paysans ainsi que des précisions sur les bénéfices que tireraient le pays et les habitants de chaque type de contrat. Les autorités centrales et locales mais aussi tous les citoyens devraient tirer des leçons des récents mouvements sociaux autour de la société Rio Tinto-QMM à Fort-Dauphin liés à la contestation des indemnisations injustes des terres appropriées et du mode de recrutement des employés 4.
Alors que de nouvelles menaces lourdes pèsent ainsi sur les terres malgaches, les investisseurs connus dont les projets ont déjà été rejetés par les Malgaches continuent d'agir. La société indienne Varun continue de cultiver dans le Nord du pays sous un prête-nom. La société Madagascar Future Entreprise, filiale de la société sud-coréenne Daewoo Logistics avait déclaré l'année dernière qu'elle avait « abandonné définitivement ce projet d'acquisition de terrain avec Daewoo depuis 2009 »5 mais c'est son nom qui est mentionné dans la région Ouest comme étant le réalisateur des expérimentations de plantations de maïs au cours de l'année 2012. Selon les témoignages reçus, les négociations avaient été menées avec le Maire. Les promesses d'infrastructures (école, route, ..) seront réalisées seulement si les « essais » de cultures s'avèrent positifs. Les plantations seront alors étendues à d'autres régions. Les paysans vivant dans le voisinage de la plantation se plaignent du salaire bas et surtout du fait que les plantations de l'investisseur empiètent beaucoup sur les lieux de pâturages du bétail.
En plus de l'utilisation de différents noms de leurs filiales, la nouvelle tendance insidieuse adoptée par les investisseurs et les négociateurs sur les terres agricoles malgaches consiste en effet désormais à découper les surfaces visées en plusieurs petites tranches et à contracter des baux emphytéotiques de courte durée mais renouvelables. Les investisseurs et les décideurs pensent ainsi moins attirer l'attention et ne pas provoquer la colère des populations. Mais les critères de renouvellement du bail ne sont pas clairs et les impacts négatifs sur les populations rurales restent les mêmes.
Le cas d'accaparement de plus vaste surface de terres le plus connu à Madagascar actuellement et abondamment décrié ces derniers mois est le projet italien Biomasse Biocarburant Ihorombe de Tozzi Green qui vise 100 000 ha pour cultiver essentiellement du jatropha et s'est déjà vu attribuer 8 000 ha. Après la conférence de presse des éleveurs d'Ihorombe et la diffusion de notre communiqué sur le sujet, les responsables de cette entreprise ont fait des déclarations qui n'ont pas clarifié tous les aspects relatifs au(x) contrat(s) notamment 6.
Dans le contexte actuel d'opacité des informations sur les investissements sur les terres à Madagascar, de nombreuses questions se posent sur les suites données à l'invitation faite par le Chef de Région Boeny aux Chinois de venir travailler à Marovoay dans l'ancienne rizerie de la Fifabe 7 et à la promotion de l'agribusiness faite par une délégation malgache du Centre d'études diplomatiques et stratégiques en Chine 8 en 2011. Par ailleurs, la loi n° 2006-027 accorde le traitement de la nation la plus favorisée aux investissements chinois à Madagascar 9 et un décret adopté en Conseil des ministres le 15 décembre 2010 a créé une société holding Madagascar Development Corporation (MDC), où l'Etat malgache dispose de 15% des capitaux et le fonds China International Fund de 85% 10, pour réaliser des investissements dans le domaine agricole entre autres. Les industries extractives sont le domaine de travail de sociétés chinoises le plus connu à Madagascar, en association ou non à des Malgaches : la mise en place des projets d'exploitation du pétrole, de l'ilménite et du fer a dû impliquer l'expulsion des familles qui vivaient sur les zones concernées mais aucune information n'a été publiée sur les conditions d'éviction des paysans de leurs terres ni sur les conditions de travail des ouvriers malgaches sur ces sites pétroliers et miniers.
Dans le domaine agricole, quels sont les termes précis des contrats qui régissent les investissements chinois sur les vastes plaines autour de Marovoay, sur les 10 000 ha de plantations de canne à sucre de la société chinoise Complant et sur les terres du Centre International de Formation et de Vulgarisation de riz hybride chinois de Mahitsy ? La principale contrainte liée au riz hybride chinois dans le monde est que les paysans devront acheter des semences chaque année 11, source de dépenses en intrants plus importantes et d'une dépendance permanente, qu'un journaliste qualifie de « colonisation commerciale » 12. Jusqu'à présent, les semences sont offertes par tonnes gratuitement dans plusieurs régions pour habituer les paysans malgaches à utiliser le riz hybride chinois.
Le Collectif TANY réitère la nécessité d'une mise à la disposition du public d'un état des lieux sur les terres malgaches déjà vendues et en cours de bail, l'urgence d'une transparence sur les contrats et sur les bénéfices attendus des différents investissements étrangers afin que tous les citoyens évaluent dans quelle mesure les projets concernés contribuent au développement du pays.
Des modes de collaboration avec les investisseurs sans éviction des familles malgaches de leurs terres et augmentant réellement les revenus des paysans doivent être trouvés.
Aucun nouvel engagement sur les terres ne devrait être pris par les autorités jusqu'à la fin des élections.
Le Collectif TANY vous adresse ses meilleurs vœux pour l'année 2013.
Paris, le 31 janvier 2013
Pour le Collectif pour la Défense des Terres Malgaches – TANY
Mamy Rakotondrainibe
patrimoinemalgache@gmail.comhttp://www.terresmalgaches.infohttp://www.facebook.com/TANYterresmalgaches
(1) http://terresmalgaches.info/IMG/jpg/JA_n%C2%B02702_21_au_27_octobre_2012_p42_001.jpg
(2) http://www.chine-informations.com/actualite/asie/madagascar-veut-devenir-le-grenier-de-ocean-indien_10071.html
(3) http://www.grain.org/fr/bulletin_board/entries/4298-l-ile-maurice-en-tete-des-acquisitions-de-terres-rizicoles-en-mozambique
(4) http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/industry/mining/9797182/Rio-Tinto-threatens-to-exit-Madagascar-after-CEO-is-trapped-by-protesters.html
(5) http://www.lexpressmada.com/5126/madagascar-future-entreprise-madagascar/31081-arret-definitif-du-projet-avec-daewoo.html
(6) http://terresmalgaches.info/spip.php?article57
(7) http://www.les-nouvelles.com/spip.php?article3285
(8) http://www.lexpress.mu/story/24381-madagascar-economie--promotion-des-atouts-malgaches-en-chine.html
(9) http://www.droit-afrique.com/images/textes/Madagascar/Mada%20-%20Convention%20investissements%20Chine.pdf
(10) http://www.chine-informations.com/actualite/creation-une-societe-holding-entre-la-chine-et-madagascar_26623.html
(11) http://www.grain.org/article/entries/188-l-accaparement-des-terres-de-rizieres-met-en-peril-la-souverainete-alimentaire-de-l-afrique
(12) http://www.lagazette-dgi.com/index.php?option=com_content&view=article&id=20664:riz-hybride-chinois-vers-une-colonisation-commerciale&catid=45:newsflash&Itemid=58
"Si la loi 2007-036, dont nous demandons l'abrogation dès la mise en place d'un nouveau Parlement, autorise en effet l'achat de terrains par les sociétés à capitaux majoritairement étrangers, le Collectif TANY conteste fortement toute prise de décision sur de telles ventes de terres pendant la Transition."
"…le projet italien Biomasse Biocarburant Ihorombe de Tozzi Green qui vise 100 000 ha pour cultiver essentiellement du jatropha et s'est déjà vu attribuer 8 000 ha."

Mesdames et Messieurs, Chers amis
Veuillez trouver, ci-dessous, l'alerte que le Collectif TANY vient d'envoyer aux autorités et de diffuser, face aux nombreuses menaces d'accaparements de nouvelles terres actuelles.
Merci beaucoup pour votre soutien Le Collectif TANY
Plus que jamais, redoublons de vigilance sur les terres malgaches !
En cette période de crise politique à Madagascar où la question qui occupe la majorité des observateurs semble être la préparation des élections prévues potentiellement pour mai 2013, le Collectif TANY appelle à une vigilance accrue pour dénoncer les manœuvres et projets des autorités actuelles qui pourraient profiter de cette période pour mener des transactions risquant de léser les droits des paysans et familles malgaches actuels et des générations futures.
En effet plusieurs informations inquiétantes pour l'avenir apparaissent de manière anodine dans la presse :
Dans le cadre d'un appel aux investisseurs étrangers à travailler dans le cadre des « réserves foncières touristiques » à Madagascar publié en octobre 2012 dans un organe de presse international et précisant que « 21 sites étalés sur 8 800 hectares ont déjà été délimités », la possibilité d'acheter les terres est avancée clairement comme argument de promotion 1. Si la loi 2007-036, dont nous demandons l'abrogation dès la mise en place d'un nouveau Parlement, autorise en effet l'achat de terrains par les sociétés à capitaux majoritairement étrangers, le Collectif TANY conteste fortement toute prise de décision sur de telles ventes de terres pendant la Transition.
Des responsables malgaches et étrangers ont proposé que Madagascar devienne « le grenier de l'Océan Indien » 2 et ont vanté les qualités de nos terres au cours de diverses réunions pour motiver les entreprises à réaliser des investissements agricoles à Madagascar. L'île Maurice est en effet « en tête des acquisitions de terres rizicoles au Mozambique » 3. Nous dénonçons le projet d'attribution de concessions 2 aux nouveaux investisseurs évoqué dans les media comme ayant reçu « une première réponse favorable des autorités » en août 2012. Des concertations préalables sont indispensables, impliquant notamment tous les citoyens des zones concernées, appuyés par des juristes et autres experts défendant les intérêts des paysans. Ces concertations comprendront des informations et des clarifications sur les différents types de contrats possibles, sur leurs conséquences respectives sur les droits des collectivités locales et des paysans ainsi que des précisions sur les bénéfices que tireraient le pays et les habitants de chaque type de contrat. Les autorités centrales et locales mais aussi tous les citoyens devraient tirer des leçons des récents mouvements sociaux autour de la société Rio Tinto-QMM à Fort-Dauphin liés à la contestation des indemnisations injustes des terres appropriées et du mode de recrutement des employés 4.
Alors que de nouvelles menaces lourdes pèsent ainsi sur les terres malgaches, les investisseurs connus dont les projets ont déjà été rejetés par les Malgaches continuent d'agir. La société indienne Varun continue de cultiver dans le Nord du pays sous un prête-nom. La société Madagascar Future Entreprise, filiale de la société sud-coréenne Daewoo Logistics avait déclaré l'année dernière qu'elle avait « abandonné définitivement ce projet d'acquisition de terrain avec Daewoo depuis 2009 »5 mais c'est son nom qui est mentionné dans la région Ouest comme étant le réalisateur des expérimentations de plantations de maïs au cours de l'année 2012. Selon les témoignages reçus, les négociations avaient été menées avec le Maire. Les promesses d'infrastructures (école, route, ..) seront réalisées seulement si les « essais » de cultures s'avèrent positifs. Les plantations seront alors étendues à d'autres régions. Les paysans vivant dans le voisinage de la plantation se plaignent du salaire bas et surtout du fait que les plantations de l'investisseur empiètent beaucoup sur les lieux de pâturages du bétail.
En plus de l'utilisation de différents noms de leurs filiales, la nouvelle tendance insidieuse adoptée par les investisseurs et les négociateurs sur les terres agricoles malgaches consiste en effet désormais à découper les surfaces visées en plusieurs petites tranches et à contracter des baux emphytéotiques de courte durée mais renouvelables. Les investisseurs et les décideurs pensent ainsi moins attirer l'attention et ne pas provoquer la colère des populations. Mais les critères de renouvellement du bail ne sont pas clairs et les impacts négatifs sur les populations rurales restent les mêmes.
Le cas d'accaparement de plus vaste surface de terres le plus connu à Madagascar actuellement et abondamment décrié ces derniers mois est le projet italien Biomasse Biocarburant Ihorombe de Tozzi Green qui vise 100 000 ha pour cultiver essentiellement du jatropha et s'est déjà vu attribuer 8 000 ha. Après la conférence de presse des éleveurs d'Ihorombe et la diffusion de notre communiqué sur le sujet, les responsables de cette entreprise ont fait des déclarations qui n'ont pas clarifié tous les aspects relatifs au(x) contrat(s) notamment 6.
Dans le contexte actuel d'opacité des informations sur les investissements sur les terres à Madagascar, de nombreuses questions se posent sur les suites données à l'invitation faite par le Chef de Région Boeny aux Chinois de venir travailler à Marovoay dans l'ancienne rizerie de la Fifabe 7 et à la promotion de l'agribusiness faite par une délégation malgache du Centre d'études diplomatiques et stratégiques en Chine 8 en 2011. Par ailleurs, la loi n° 2006-027 accorde le traitement de la nation la plus favorisée aux investissements chinois à Madagascar 9 et un décret adopté en Conseil des ministres le 15 décembre 2010 a créé une société holding Madagascar Development Corporation (MDC), où l'Etat malgache dispose de 15% des capitaux et le fonds China International Fund de 85% 10, pour réaliser des investissements dans le domaine agricole entre autres. Les industries extractives sont le domaine de travail de sociétés chinoises le plus connu à Madagascar, en association ou non à des Malgaches : la mise en place des projets d'exploitation du pétrole, de l'ilménite et du fer a dû impliquer l'expulsion des familles qui vivaient sur les zones concernées mais aucune information n'a été publiée sur les conditions d'éviction des paysans de leurs terres ni sur les conditions de travail des ouvriers malgaches sur ces sites pétroliers et miniers.
Dans le domaine agricole, quels sont les termes précis des contrats qui régissent les investissements chinois sur les vastes plaines autour de Marovoay, sur les 10 000 ha de plantations de canne à sucre de la société chinoise Complant et sur les terres du Centre International de Formation et de Vulgarisation de riz hybride chinois de Mahitsy ? La principale contrainte liée au riz hybride chinois dans le monde est que les paysans devront acheter des semences chaque année 11, source de dépenses en intrants plus importantes et d'une dépendance permanente, qu'un journaliste qualifie de « colonisation commerciale » 12. Jusqu'à présent, les semences sont offertes par tonnes gratuitement dans plusieurs régions pour habituer les paysans malgaches à utiliser le riz hybride chinois.
Le Collectif TANY réitère la nécessité d'une mise à la disposition du public d'un état des lieux sur les terres malgaches déjà vendues et en cours de bail, l'urgence d'une transparence sur les contrats et sur les bénéfices attendus des différents investissements étrangers afin que tous les citoyens évaluent dans quelle mesure les projets concernés contribuent au développement du pays.
Des modes de collaboration avec les investisseurs sans éviction des familles malgaches de leurs terres et augmentant réellement les revenus des paysans doivent être trouvés.
Aucun nouvel engagement sur les terres ne devrait être pris par les autorités jusqu'à la fin des élections.
Le Collectif TANY vous adresse ses meilleurs vœux pour l'année 2013.
Paris, le 31 janvier 2013
Pour le Collectif pour la Défense des Terres Malgaches – TANY
Mamy Rakotondrainibe
patrimoinemalgache@gmail.comhttp://www.terresmalgaches.infohttp://www.facebook.com/TANYterresmalgaches
(1) http://terresmalgaches.info/IMG/jpg/JA_n%C2%B02702_21_au_27_octobre_2012_p42_001.jpg
(2) http://www.chine-informations.com/actualite/asie/madagascar-veut-devenir-le-grenier-de-ocean-indien_10071.html
(3) http://www.grain.org/fr/bulletin_board/entries/4298-l-ile-maurice-en-tete-des-acquisitions-de-terres-rizicoles-en-mozambique
(4) http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/industry/mining/9797182/Rio-Tinto-threatens-to-exit-Madagascar-after-CEO-is-trapped-by-protesters.html
(5) http://www.lexpressmada.com/5126/madagascar-future-entreprise-madagascar/31081-arret-definitif-du-projet-avec-daewoo.html
(6) http://terresmalgaches.info/spip.php?article57
(7) http://www.les-nouvelles.com/spip.php?article3285
(8) http://www.lexpress.mu/story/24381-madagascar-economie--promotion-des-atouts-malgaches-en-chine.html
(9) http://www.droit-afrique.com/images/textes/Madagascar/Mada%20-%20Convention%20investissements%20Chine.pdf
(10) http://www.chine-informations.com/actualite/creation-une-societe-holding-entre-la-chine-et-madagascar_26623.html
(11) http://www.grain.org/article/entries/188-l-accaparement-des-terres-de-rizieres-met-en-peril-la-souverainete-alimentaire-de-l-afrique
(12) http://www.lagazette-dgi.com/index.php?option=com_content&view=article&id=20664:riz-hybride-chinois-vers-une-colonisation-commerciale&catid=45:newsflash&Itemid=58
Libellés :
Accaparement des terres,
Madagascar,
TANY
Pays/territoire :
Madagascar
Reflexion : Impact entre Pauvreté et Démocratie? Question ouverte
Le choix politique devient une sorte d'épreuve : manger ou ne pas manger. C'est toute la démocratie qui se retrouve piégée, la démocratie en Afrique est -elle un luxe? La pauvreté fait-elle bon ménage avec la démocratie ? Un peuple affamé peut -il réfléchir en toute indépendance sans qu'en même temps le ventre ne s'immisce dans l'affaire ? Neuf fois sur dix, le peuple qui a faim vendra sa capacité d'homme libre quitte à donner sa voix au diable. La Bible nous relate l'histoire du frère de Jacob qui céda tous ses droits pour le ventre. Pour qu'une vraie démocratie prenne place en Afrique, il faut résoudre le problème de pauvreté, sans quoi les voix des pauvres seront monnayées tout le temps. L'homocrate le sait et n'hésitera jamais à recourir aux pauvres pour remporter des élections.
Tiré de : http://afrique-pauvrete-avenir.over-blog.com/article-la-democratie-piegee-40765712.html
Etude captivante en PDF :
Les pauvres, la démocratie et le rôle de l’Etat.
Le point de vue de la population en Afrique de l’Ouest et à Madagascar
Mireille Razafindrakoto, François Roubaud
Economistes, IRD / DIAL, Parishttp://www.dial.prd.fr/dial_evenements/conf_scientifique/pdf/amman/razafin_roubaud.pdf
Qu'est-ce que Davos
...Des chefs d’entreprises du monde entier se retrouvent pour affaire. L’intervention militaire au Mali sera également au centre des discussions. C'est un club privé qui suscite la polémique pour son côté peu démocratique.
De mercredi à dimanche, les plus importantes personnalités politiques et économiques de la planète se retrouvent à Davos pour le 43e World Economic Forum. Plus de 1 500 dirigeants d’entreprises et une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus dans la petite station de sports d’hiver suisse. Angela Merkel, David Cameron et Dmitri Medvedev seront de la partie du côté des chefs d’Etat. Parmi les grandes puissances, la Chine et les Etats-Unis seront les grands absents à ce niveau. En cause, le changement de gouvernement à Pékin et le début du deuxième mandat de Barack Obama. Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki Moon, la directrice du FMI, Christine Lagarde, et le président de la BCE, Mario Draghi, figurent par contre parmi les têtes d’affiche du Forum.
Cette fois, Elio Di Rupo sera de la partie.
Côté belge, le Premier ministre, Elio Di Rupo, le ministre des Finances, Steven Vanackere, ainsi que le ministre-Président flamand, Kris Peeters, sont attendus à Davos. L’absence d’Elio Di Rupo au dernier Forum avait créé une petite polémique. Yves Leterme avait "regretté" publiquement que le socialiste fasse l’impasse sur la grand-messe économique.
Mais quel est encore le poids de cet événement annuel sur l’économie mondiale ? "Vu le niveau des participants et des orateurs, le Forum de Davos a forcément une influence sur pas mal d’événements économiques, déclare Peter Vanden Houte, chef économiste d’ING Belgique. Sa force est qu’il se déroule dans une ambiance relaxe et informelle. Tout une série d’accords ne sont donc pas officialisés. Je suis d’ailleurs convaincu que bon nombre de fusions et acquisitions sont décidées sur place."
Il reste qu’un certain nombre d’opérations auraient certainement eu lieu sans ce rendez-vous. Davos jouerait donc également un rôle d’accélérateur en concentrant autant de personnalités en un seul lieu. La presse néerlandaise relate que la commissaire européenne Neelie Kroes avait programmé pas moins de cinquante rendez-vous l’année passée.
Au fil des années, les débats se sont élargis pour déborder du strict cadre économique. Des comités travaillent sur la pauvreté, le changement climatique, la façon de faire progresser les pays en développement et même sur les valeurs. Parmi les thèmes abordés cette année, il y a l’avenir de la mondialisation, comment favoriser la croissance ou se développer dans un monde hyperconnecté. La santé devrait également être un des thèmes majeurs de l’édition 2013. En prononçant un discours intitulé "Diriger malgré l’adversité", le président du Conseil italien, Mario Monti, donnera le ton du Forum qui s’ouvre dans un climat de crise économique et d’incertitude diplomatique.
L’organisateur du World Economic Forum est une ASBL financée par un millier d’entreprises parmi les plus importantes du monde. "C’est un club très fermé dans lequel on entre uniquement sur invitation", explique Peter Vanden Houte. Cette opacité a été à l’origine de pas mal de critiques adressées à l’encontre du Forum, notamment par le mouvement altermondialiste. "Je peux comprendre les critiques sur le manque de démocratie du Forum, pointe Peter Vanden Houte. D’un autre côté, les thèmes abordés sont ceux qu’on retrouve tous les jours dans la presse."
L.Lam. (Avec AFP)
Tiré de : http://afrique-pauvrete-avenir.over-blog.com/article-la-democratie-piegee-40765712.html
Etude captivante en PDF :Les pauvres, la démocratie et le rôle de l’Etat.
Le point de vue de la population en Afrique de l’Ouest et à Madagascar
Mireille Razafindrakoto, François Roubaud
Economistes, IRD / DIAL, Parishttp://www.dial.prd.fr/dial_evenements/conf_scientifique/pdf/amman/razafin_roubaud.pdf
Qu'est-ce que Davos...Des chefs d’entreprises du monde entier se retrouvent pour affaire. L’intervention militaire au Mali sera également au centre des discussions. C'est un club privé qui suscite la polémique pour son côté peu démocratique.
De mercredi à dimanche, les plus importantes personnalités politiques et économiques de la planète se retrouvent à Davos pour le 43e World Economic Forum. Plus de 1 500 dirigeants d’entreprises et une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus dans la petite station de sports d’hiver suisse. Angela Merkel, David Cameron et Dmitri Medvedev seront de la partie du côté des chefs d’Etat. Parmi les grandes puissances, la Chine et les Etats-Unis seront les grands absents à ce niveau. En cause, le changement de gouvernement à Pékin et le début du deuxième mandat de Barack Obama. Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki Moon, la directrice du FMI, Christine Lagarde, et le président de la BCE, Mario Draghi, figurent par contre parmi les têtes d’affiche du Forum.
Cette fois, Elio Di Rupo sera de la partie.
Côté belge, le Premier ministre, Elio Di Rupo, le ministre des Finances, Steven Vanackere, ainsi que le ministre-Président flamand, Kris Peeters, sont attendus à Davos. L’absence d’Elio Di Rupo au dernier Forum avait créé une petite polémique. Yves Leterme avait "regretté" publiquement que le socialiste fasse l’impasse sur la grand-messe économique.
Mais quel est encore le poids de cet événement annuel sur l’économie mondiale ? "Vu le niveau des participants et des orateurs, le Forum de Davos a forcément une influence sur pas mal d’événements économiques, déclare Peter Vanden Houte, chef économiste d’ING Belgique. Sa force est qu’il se déroule dans une ambiance relaxe et informelle. Tout une série d’accords ne sont donc pas officialisés. Je suis d’ailleurs convaincu que bon nombre de fusions et acquisitions sont décidées sur place."
Il reste qu’un certain nombre d’opérations auraient certainement eu lieu sans ce rendez-vous. Davos jouerait donc également un rôle d’accélérateur en concentrant autant de personnalités en un seul lieu. La presse néerlandaise relate que la commissaire européenne Neelie Kroes avait programmé pas moins de cinquante rendez-vous l’année passée.
Au fil des années, les débats se sont élargis pour déborder du strict cadre économique. Des comités travaillent sur la pauvreté, le changement climatique, la façon de faire progresser les pays en développement et même sur les valeurs. Parmi les thèmes abordés cette année, il y a l’avenir de la mondialisation, comment favoriser la croissance ou se développer dans un monde hyperconnecté. La santé devrait également être un des thèmes majeurs de l’édition 2013. En prononçant un discours intitulé "Diriger malgré l’adversité", le président du Conseil italien, Mario Monti, donnera le ton du Forum qui s’ouvre dans un climat de crise économique et d’incertitude diplomatique.
L’organisateur du World Economic Forum est une ASBL financée par un millier d’entreprises parmi les plus importantes du monde. "C’est un club très fermé dans lequel on entre uniquement sur invitation", explique Peter Vanden Houte. Cette opacité a été à l’origine de pas mal de critiques adressées à l’encontre du Forum, notamment par le mouvement altermondialiste. "Je peux comprendre les critiques sur le manque de démocratie du Forum, pointe Peter Vanden Houte. D’un autre côté, les thèmes abordés sont ceux qu’on retrouve tous les jours dans la presse."
L.Lam. (Avec AFP)
«La population malgache a faim car elle est prise en otage» analyse de Olivier De Schutter
A Madagascar, un habitant sur deux est en situation d’insécurité alimentaire. Cette proportion s’élève à 68% dans le sud du pays. Les sanctions internationales que subit l’île et l’immobilisme gouvernemental ont clairement aggravé la situation. « Tous les indicateurs sur la sécurité alimentaire sont au rouge », a déclaré ce matin Olivier De Schutter, lors d’une conférence de presse clôturant sa mission officielle à Madagascar débutée le 18 juillet.
« Résultat, Madagascar est aujourd’hui l’un des pays où la malnutrition infantile est la plus élevée au monde – avec des niveaux comparables à l’Afghanistan ou au Yémen », conclut Olivier De Schutter.
Suite au coup d’Etat ayant conduit à la formation de la Haute Autorité de la Transition le 17 mars 2009 et à l’échec des médiations menées depuis lors, Madagascar fait l’objet de sanctions économiques.
« Les Etats-Unis ont suspendu Madagascar de la liste des pays bénéficiaires de l'African Growth and Opportunity Act. Cela a coûté au moins 50.000 emplois directs dans le secteur textile qui représentait la moitié des exportations malgaches. Quant à l'Union européenne, elle a gelé des programmes prêts à être signés avant la crise, suspendant toute aide au développement passant par le gouvernement. Le manque à gagner total est estimé à près de 600 millions d'euros. »
Bien que l’aide humanitaire des donateurs, distribuée par le canal des ONG, ait été significativement augmentée, la nature de cette aide ne permet pas de faire reculer la pauvreté durablement, estime Olivier De Schutter, qui rappelle au passage que « contourner l'Etat, c'est liquider sa capacité institutionnelle à terme, et hypothéquer les chances de développement à moyen terme. Nous sommes en train de recruter Madagascar dans la liste des Etats fragiles. »
« Il est grand temps de réexaminer le régime des sanctions », affirme-t-il. « Quant à la Haute Autorité de Transition, elle ne doit plus tirer prétexte de ces sanctions pour ne pas prendre des mesures de nature à éviter une catastrophe humanitaire à sa population. »
Selon le Rapporteur de l’ONU, ce double blocage politique a malheureusement porté atteinte à deux dynamiques prometteuses nées avant la crise : le développement d’une agriculture écologique hautement performante et la réforme foncière, visant à sécuriser l’accès à la terre pour la population.
« Madagascar dispose d’un potentiel unique en matière d’agriculture écologique », a-t-il expliqué. « On sait que le système de riziculture intensif, une découverte purement malgache, permet de doubler, tripler voire quadrupler les rendements. Une stratégie nationale d’appui à ce type de production écologique pourrait rendre la Grande Île autosuffisante en riz en 3 ans, alors qu’elle importe chaque année 100 à 150.000 tonnes de riz. Mais il faut pour cela que les autorités se décident à agir. »
« De même, le processus de sécurisation foncière semble lui aussi au point mort », a poursuivi le Rapporteur de l’ONU. Rappelant la tentative de Daewoo Logistics de prendre possession d’1,3 million d’hectares en 2008, le Rapporteur spécial note « Avant la crise politique, une course de vitesse était engagée entre la sécurisation des parcelles des ménages ruraux et la volonté des investisseurs d'accaparer les meilleures terres de l'Île. A présent les investisseurs se font rares, échaudés par la contestation sociale, et le processus de certification foncière piétine : entamée en 2006, elle ne touche encore que 416 communes sur 1550 au total, faute de ressources suffisantes. La course de vitesse est devenue une parade de lenteur.»
Clôturant son intervention, Olivier De Schutter a exprimé des doutes sur l’équité des accords de pêche en cours : « Les accords de pêche que Madagascar a signés avec l’UE ou avec des sociétés asiatiques font songer aux traités inégaux que les empires coloniaux signaient avec leurs colonies au 19ième siècle », a déclaré l’expert de l’ONU. « Légalement ou non, les mers sont pillées alors que la pêche pourrait être un moteur de développement pour l’Ile. Le fait que des flottes industrielles viennent pêcher sans quotas, dans un contexte de raréfaction des ressources marines, est inadmissible au 21ème siècle », a ajouté l’expert. « J’appelle les bailleurs de fonds et les organisations internationales à aider au plus vite Madagascar à renforcer ses capacités de surveillance de ses côtes ainsi que ses capacités de négociation, afin de développer une exploitation durable des mers, au bénéfice de ses habitants. On ne peut décemment pas surveiller 1 million de kilomètres carrés avec une demi-douzaine de bateaux.»
Lire les observations et conclusions préliminaires de la mission à Madagascar
« Résultat, Madagascar est aujourd’hui l’un des pays où la malnutrition infantile est la plus élevée au monde – avec des niveaux comparables à l’Afghanistan ou au Yémen », conclut Olivier De Schutter.
Suite au coup d’Etat ayant conduit à la formation de la Haute Autorité de la Transition le 17 mars 2009 et à l’échec des médiations menées depuis lors, Madagascar fait l’objet de sanctions économiques.
« Les Etats-Unis ont suspendu Madagascar de la liste des pays bénéficiaires de l'African Growth and Opportunity Act. Cela a coûté au moins 50.000 emplois directs dans le secteur textile qui représentait la moitié des exportations malgaches. Quant à l'Union européenne, elle a gelé des programmes prêts à être signés avant la crise, suspendant toute aide au développement passant par le gouvernement. Le manque à gagner total est estimé à près de 600 millions d'euros. »
Bien que l’aide humanitaire des donateurs, distribuée par le canal des ONG, ait été significativement augmentée, la nature de cette aide ne permet pas de faire reculer la pauvreté durablement, estime Olivier De Schutter, qui rappelle au passage que « contourner l'Etat, c'est liquider sa capacité institutionnelle à terme, et hypothéquer les chances de développement à moyen terme. Nous sommes en train de recruter Madagascar dans la liste des Etats fragiles. »
« Il est grand temps de réexaminer le régime des sanctions », affirme-t-il. « Quant à la Haute Autorité de Transition, elle ne doit plus tirer prétexte de ces sanctions pour ne pas prendre des mesures de nature à éviter une catastrophe humanitaire à sa population. »
Selon le Rapporteur de l’ONU, ce double blocage politique a malheureusement porté atteinte à deux dynamiques prometteuses nées avant la crise : le développement d’une agriculture écologique hautement performante et la réforme foncière, visant à sécuriser l’accès à la terre pour la population.
« Madagascar dispose d’un potentiel unique en matière d’agriculture écologique », a-t-il expliqué. « On sait que le système de riziculture intensif, une découverte purement malgache, permet de doubler, tripler voire quadrupler les rendements. Une stratégie nationale d’appui à ce type de production écologique pourrait rendre la Grande Île autosuffisante en riz en 3 ans, alors qu’elle importe chaque année 100 à 150.000 tonnes de riz. Mais il faut pour cela que les autorités se décident à agir. »
« De même, le processus de sécurisation foncière semble lui aussi au point mort », a poursuivi le Rapporteur de l’ONU. Rappelant la tentative de Daewoo Logistics de prendre possession d’1,3 million d’hectares en 2008, le Rapporteur spécial note « Avant la crise politique, une course de vitesse était engagée entre la sécurisation des parcelles des ménages ruraux et la volonté des investisseurs d'accaparer les meilleures terres de l'Île. A présent les investisseurs se font rares, échaudés par la contestation sociale, et le processus de certification foncière piétine : entamée en 2006, elle ne touche encore que 416 communes sur 1550 au total, faute de ressources suffisantes. La course de vitesse est devenue une parade de lenteur.»
Clôturant son intervention, Olivier De Schutter a exprimé des doutes sur l’équité des accords de pêche en cours : « Les accords de pêche que Madagascar a signés avec l’UE ou avec des sociétés asiatiques font songer aux traités inégaux que les empires coloniaux signaient avec leurs colonies au 19ième siècle », a déclaré l’expert de l’ONU. « Légalement ou non, les mers sont pillées alors que la pêche pourrait être un moteur de développement pour l’Ile. Le fait que des flottes industrielles viennent pêcher sans quotas, dans un contexte de raréfaction des ressources marines, est inadmissible au 21ème siècle », a ajouté l’expert. « J’appelle les bailleurs de fonds et les organisations internationales à aider au plus vite Madagascar à renforcer ses capacités de surveillance de ses côtes ainsi que ses capacités de négociation, afin de développer une exploitation durable des mers, au bénéfice de ses habitants. On ne peut décemment pas surveiller 1 million de kilomètres carrés avec une demi-douzaine de bateaux.»
Lire les observations et conclusions préliminaires de la mission à Madagascar
Libellés :
famine,
Madagascar,
Olivier De Shutter,
politique
Pays/territoire :
Madagascar
Inscription à :
Articles (Atom)