Affichage des articles dont le libellé est Tsiranana. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tsiranana. Afficher tous les articles

mercredi 29 janvier 2014

Archives : Philibert Tsiranana


Trop proche de la France, il s’est vu contester le titre de « Père de l’indépendance ». Il présida pourtant à « l’âge d’or » du pays.
Philibert Tsiranana sera certainement toujours moins populaire que Didier Ratsiraka, l’amiral qui osa dire « non » aux vazaha (« Blancs »). Certes, il jouit du titre de « Père de l’indépendance », mais combien d’historiens et d’intellectuels le lui contestent ! Ceux-là même qui notent avec nostalgie que, sous sa direction, dans les années 1960, une famille de la petite bourgeoisie pouvait se payer une voiture et quelques semaines de vacances en France alors que, aujourd’hui, cela leur est impossible, se refusent à reconnaître en Tsiranana­ un président de qualité. Pour eux, il n’était qu’un homme de paille de la France, un statut rédhibitoire dans un pays où survit un nationalisme à fleur de peau.
« On a voulu faire passer Tsiranana pour un valet de la France. C’est en fait plus complexe. C’était un nationaliste modéré, un francophile qui ne souhaitait pas la rupture avec l’ancienne métropole », soutient Denis-Alexandre Lahiniriko, auteur d’un travail historique sur le premier président de la Ire République malgache.
Il faut dire que, sans la main de l’administration coloniale, jamais peut-être ce fils d’éleveurs de bœufs, né en 1910 et mort en 1978, n’aurait pris les rênes du pays. Après avoir fréquenté les nationalistes et les communistes dans les années 1940, Tsiranana, devenu instituteur, adopte une posture moins radicale. Il dit oui à l’indépendance, mais pas tout de suite. « Cette indépendance, nous l’avons retardée pour que la période de 1946 à 1958 permette aux tribus qui n’en avaient pas de former leurs cadres, intellectuels et politiques », s’expliquait-il en 1968. Sans ça, les côtiers « seraient restés de petits chefs de village, des subordonnés, des subjugués, pour ne pas dire des esclaves », tandis que les Merinas, les habitants des hauts plateaux, aux lointaines origines asiatiques, auraient cumulé tous les pouvoirs. « C’était à coup sûr la guerre civile. »
Tsiranana était avant tout un ardent défenseur de l’unité nationale et un grand anticommuniste. C’était aussi un francophile – « de culture française­, nous sommes et nous voulons rester français », disait-il. La France sachant reconnaître les siens, les administrateurs coloniaux, qui le perçoivent comme un « nationaliste raisonnable », lui mettent le pied à l’étrier : en 1958, il prend la tête du Conseil de gouvernement.
Le 26 juin 1960, c’est le jour de gloire. Madagascar redevient un pays libre et plutôt bien loti. Favorable à « l’existence d’une opposition contradictoire et systématique », ­Tsiranana laisse l’opposition le critiquer. En « socialiste libéral », il donne les clés au secteur privé. La situation économique s’améliore, mais il faut dire que le président bénéficie d’un soutien financier sans faille de Paris. Mais de quelle indépendance ­parle-t-on ? L’enseignement n’évolue guère – d’où la « malgachisation » souhaitée en 1972. Les conseillers français restent en place, jusque dans l’entourage le plus proche du président. L’armée aussi, puisque la France maintient ses bases militaires. Quant aux investisseurs français, ils monopolisent les richesses.
Incapable de voir l’évolution idéologique de l’intelligentsia malgache, bercée d’idéaux marxistes, Tsiranana n’écoute plus grand monde après ses réélections en 1965 et 1972. Affaibli par une maladie cardiovasculaire qui l’oblige à s’absenter du pays, il devient autoritaire et voit des complots partout. Mais il ne sent pas arriver la contestation. La jacquerie de 1971 dans le Sud et la révolte de 1972 à Tana lui seront fatales. Malgré plusieurs tentatives de retour, Tsiranana finira ses jours en opposant fantôme, ignoré des Malgaches.

Jeuneafrique.com
En 1943, Philibert Tsiranana adhère au Syndicat professionnel des instituteurs puis en 1944, à la CGT. La vie politique, alors renaissante à Madagascar, intéresse beaucoup le jeune enseignant qui, poussé par son mentor Paul Ralaivoavy, adhère en janvier 1946 aux Groupes d’études communistes (GEC) de Madagascar. Il y assure les fonctions de trésorier. Les GEC lui permettent de rencontrer les futurs cadres du PADESM (Parti des déshérités de Madagascar), parti dont il est un des membres fondateurs en juin 1946.
Le PADESM est une organisation politique regroupant les Mainty et les Tanindrana (ou « côtiers »), contre les Merina. Le différend tribal, déjà ancien, avait été ravivé à la suite des élections législatives qui venaient de se tenir. Les côtiers avaient tenté un rapprochement avec le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), dirigé par les Merina, afin qu’un des deux sièges de député attribués aux autochtones de Madagascar leur soit attribué. Les Merina devaient remporter la circonscription de l'est avec Joseph Ravoahangy tandis que la circonscription de l'ouest revenait aux côtiers avec Paul Ralaivoavy. L’accord ne fut pas respecté et finalement le Merina Joseph Raseta10 remporta le second siège. Les côtiers tentèrent encore une fois un accord pour les législatives de juin 1946, mais en vain. Le PADESM, dans son programme, s'oppose donc avant tout aux revendications nationalistes du MDRM, avec pour but principal de contrer tout éventuel retour de « pouvoir Merina ». À ce sujet en 1968, Tsiranana justifie sa position sur l’indépendance par ces propos :
« si on l’avait demandée dès 1946, c’était à coup sûr la guerre civile car les côtiers n’étaient pas d’accord. Étant donné leur niveau intellectuel à l’époque, ils seraient restés de petits chefs de villages, des subordonnés, des subjugués, pour ne pas dire des esclaves, tant le fossé entre gens des côtes et gens des hauts-plateaux était énorme.  En juillet 1946, du fait de son proche départ pour l’École normale de Montpellier, il refuse le poste de secrétaire général du parti. Toutefois, activement, il contribue au journal du PADESM, Voromahery où il signe ses articles sous le pseudonyme de Tsimihety, par référence à son ethnie d'origine.
Ce voyage dans la France d’après-guerre en pleine reconstruction, sujette aux aléas politiques de la IVe République, lui permet d’échapper à l’insurrection malgache de 1947 et à toute compromission dans ces événements sanglants3. Ému par cette tragédie, Tsiranana qui pourtant n'est pas partisan de l'indépendance, participe le 21 février 1949 à une manifestation anti-coloniale à Montpellier.
Durant son séjour, il prend conscience du problème du recrutement des élites malgaches. Il constate que sur les 198 étudiants malgaches en France, seuls 17 sont côtiers. Or dans son esprit, il ne peut y avoir d'union franche entre tous les Malgaches s'il demeure entre la côte et les Hauts Plateaux, un écart culturel. Afin de remédier à ce problème, il fonde successivement deux amicales : l'Association des étudiants malgaches côtiers (AEMC) en août 1949, puis l'Association culturelle des intellectuels malgaches côtiers (ACIMCO) en septembre 1951 à Madagascar. Ces créations, mal vécues par les Merina, lui sont reprochées par ces derniers.
De retour sur la Grande île en 1950, il est nommé professeur de l’enseignement technique à l’École industrielle de Tananarive située sur les Hauts Plateaux. Il y enseigne le français et les mathématiques. Mal à l’aise dans cet établissement, il est affecté à l’école « Le Myre de Vilers » où ses compétences sont plus appréciées.***
La création du PSD et la loi-cadre Defferre
Tsiranana s’impose progressivement comme le leader des côtiers. Il fonde le 28 décembre 1956 à Majunga, avec des éléments de l’aile gauche du PADESM, notamment André Resampa, le Parti social-démocrate (PSD). L’affiliation est portée à la SFIO. Le PSD dépasse rapidement les perspectives limitées du PADESM, dont il est plus ou moins l’héritier1. Il représente tout à la fois les notables ruraux côtiers, les fonctionnaires et les partisans de l'indépendance méfiants vis-à-vis du communisme. D'emblée, son parti bénéficie des préférences de l'administration coloniale, dans la perspective des transferts progressifs du pouvoir exécutif prévus par la loi-cadre Defferre.

 Le général de Gaulle.
L'entrée en vigueur de la loi-cadre est prévue après que se soient tenues les élections territoriales de 1957. Le 31 mars, Tsiranana est réélu conseiller provincial sur la liste « Union et Progrès social » avec 79 991 voix sur 82 121 inscrits. Tête de liste, il est nommé président de l’Assemblée provinciale de Majunga et est reconduit dans ses fonctions de conseiller à l’Assemblée représentative de Madagascar le 10 avril 1957. Le 27 mai, cette Assemblée élit un Conseil du gouvernement placé sous l'autorité du Haut-commissaire André Soucadaux, mais dont la vice-présidence est offerte à Philibert Tsiranana.
Installé au pouvoir, il conforte peu à peu son autorité. Le 12 juin 1957 est créée une seconde section du PSD dans la province de Tuléar qui rallie 16 conseillers de l'assemblée provinciale, prenant ainsi la majorité à Tuléar. À l’Assemblée représentative, le PSD est représenté par 9 membres. Au sein du Conseil du gouvernement, Tsiranana parvient à nommer son bras droit, André Resampa, au portefeuille de l’Éducation. Bien qu'occupant le poste de vice-président du conseil, ses prérogatives restent assez limités, ce qu'il déplore. En avril 1958, lors du 3e congrès du PSD, il reproche à la loi-cadre, le caractère bicéphale qu’elle impose au Conseil ; pour lui, la présidence du gouvernement malgache ne doit pas être occupée par le haut-commissaire. L’accession du général de Gaulle au pouvoir en juin 1958 joue en sa faveur. Par une ordonnance du gouvernement national, l’ordre hiérarchique dans les territoires d’outre-mer est modifié au profit des élus locaux. Tsiranana devient ainsi le 22 août 1958, le président officiel du Conseil du gouvernement de Madagascar.

Le 29 avril 1959, l’Assemblée constituante adopte la constitution élaborée par le gouvernement. Elle s’inspire largement des institutions de la Ve République mais possède ses caractéristiques propres. Le chef de l’État est le chef du gouvernement, il détient tout le pouvoir exécutif ; le vice-président du gouvernement n’a qu’un rôle très effacé. Le parlement est, quant à lui, bicaméral, situation exceptionnelle à l’époque en Afrique francophone. De plus, les provinces, dotées de conseils provinciaux, jouissent d’une certaine autonomie. Au final, bien que d’inspiration parlementaire, le régime relève plutôt d’un présidentialisme modéré.
Le 1er mai, le parlement élit au sein d’un Collège comprenant également les conseillers provinciaux et des délégués des communes, le président de la République malgache. Quatre candidats sont alors en liste: Philibert Tsiranana, Basile Razafindrakoto, Prosper Rajoelson et Maurice Curmer. Finalement, sur les 114 suffrages exprimés par les congressistes, Tsiranana est unanimement élu premier président de la République malgache par 113 votes favorables, une seule abstention étant relevée.


Défilé en l'honneur de l'indépendance le 16 juin 1960.
Le 24 juillet 1959, le général de Gaulle nomme quatre responsables politiques africains, parmi lesquels Philibert Tsiranana, au poste de « ministres-conseillers » du gouvernement français pour les affaires intéressant la Communauté. Le président malgache, par ses nouvelles fonctions, en profite pour évoquer l’accès à la souveraineté nationale de Madagascar ; le Général accepte. En février 1960, une délégation malgache dirigée par André Resampa, se rend à Paris pour négocier le transfert des compétences. Tsiranana insiste pour que toutes les organisations malgaches soient représentées au sein de cette délégation, à l’exception de l’AKFM (qui le déplore). Le 2 avril 1960, les Accords franco-malgaches sont signés à l’Hôtel Matignon entre le Premier ministre français Michel Debré et le président Tsiranana46. Le 14 juin, le parlement malgache adopte à l’unanimité les Accords. Le 26 juin, Madagascar devient indépendante.

Archives : Document : Quand le président candidat Tsiranana devait être élu…

Document : Quand le président candidat Tsiranana devait être élu…
Par un collectif de journalistes dirigé par Richard Claude Ratovonarivo | 25/06/2010

Philibert Tsiranana, aurait eu cent ans la semaine dernière s’il était vivant. Le premier président de la République malgache est né, en effet, le 18 octobre 1910 à Ambarikorano, dans le district de Mandritsara. En marge de cet anniversaire, nous publions aujourd’hui un article de presse qui est paru pour la première fois à Madagascar, il y a trente-huit ans, au temps de la Première République dirigée par l’ancien président Philibert Tsiranana. Il s’avère être un document à caractère historique qui n’a pas perdu de sa valeur.

L’article de presse que nous publions ci-après est un document qui apparaît comme une véritable contribution à l’histoire de la presse malgache en général, et de celle de la liberté de presse à Madagascar en particulier. C’est un article paru dans les colonnes d’un magazine indépendant d’Antananarivo en février 1972, au temps de la Première République, dirigée par l’ancien président Philibert Tsiranana. Il est intéressant à plus d’un titre. Primo : l’article illustre à merveille les conditions difficiles de travail de la presse malgache en période de restriction de la liberté d’expression. Secundo : il témoigne du savoir-faire des journalistes malgaches pour échapper aux foudres de la censure.

A cause de notre article « Qu’est-ce qui fait courir le candidat Tsiranana ? », notre édition spéciale a été saisie. D’après le ministère de l’Intérieur, nous avons « diffusé des fausses nouvelles », « outragé et diffamé le chef de l’Etat » et commis d’autres forfaits encore.

Nous sommes vraiment attristés et contraints d’avoir fait tout ça sans nous en rendre compte, alors que nous ne voulions que pousser notre petite note originale dans le concert de la presse malgache. Sans doute avons-nous péché par vanité. Aussi, rougissant comme un enfant repentant, nous nous faisons tout petits et nous mettons à l’école de nos camarades et de quelques confrères. Afin d’apprendre auprès d’eux ce qui est à dire en de pareilles circonstances nationales. Comme eux, nous disons donc aussi que le candidat Tsiranana devait être élu car…

Le candidat Tsiranana et tous ceux qui font campagne pour lui vous disent que Philibert Tsiranana est élu de Dieu :

« Toute l’histoire des hommes n’est que l’histoire du destin que Dieu leur a donné. Je n’ai jamais voulu un destin exceptionnel.

Je suis né dans une case modeste, dans un village d’agriculteurs et d’éleveurs. J’aimais mon troupeau, j’aimais ma vie proche de la nature, j’aimais mon métier de bouvier, puis d’instituteur et de professeur, j’aimais être entouré d’enfants et d’amis nombreux, les éclairer, les aider par mes connaissances à améliorer leur vie. J’aurais pu me contenter de cette expérience paisible. Dieu en a décidé autrement» (Cahier bleu, 2 juin 1970).

Cette élection de Dieu se lit dans de nombreux signes dont le plus lisible est sans nul doute le miracle de la guérison de 1970 :

-« Après le drame de Yaoundé, les médecins parisiens avaient donné quinze jours de survie au Président Tsiranana… et de reconnaître quelques mois après que le cas Tsiranana fut un miracle dans l’histoire de la médecine » (Jacques Rabemananjara).

-« Au plus profond de ma maladie, en ce sombre mois de février 70, c’est à Dieu que je me suis adressé. Du fond de mon âme je Lui ai dit : « Si tu penses, mon Dieu, que je ne dois plus être le Chef de mon pays, ne me laisse pas vivre. Reprends-moi, mais si Tu estimes que je dois continuer, il faut me guérir complètement ». Dieu m’a laissé vivre, il m’a donné la force et le courage de lutter jour après jour contre la maladie. C’est pourquoi, plus encore je crois en la vérité de ma vision ». (Cahier bleu, 9 mai 1970).

Mais il est d’autres signes pour qui sait lire :

-La biographie du Président que Loda Abdou Lambert trace avec simplicité et force détails. Il souligne avec insistance les « péripéties diverses » traversées par le Président Tsiranana au cours de son dernier septennat et dont il est sorti toujours vainqueur « grâce à Dieu qui sait que Madagascar a encore et toujours besoin de Tsiranana » (Le Courrier de Madagascar du 10 janvier 1972).

-Le nom même du Président : Loda indique avec astuce que « les neuf lettres de « Tsiranana » et les neuf lettres de « Philibert » font de Philibert Tsiranana le chef incontesté des dix-huit tribus de l’île, c’est-à-dire le champion de l’unité nationale ». (Le Courrier de Madagascar du 11 janvier 1972).

Le candidat Tsiranana et tous ceux qui font campagne pour lui vous disent que cette élection divine s’explique aisément :

-par l’amour de Dieu pour les pauvres : « Pourquoi Dieu a-t-il choisi David, un petit berger pauvre, pour devenir roi d’Israël ? Et pourquoi Dieu a-t-il choisi l’humble bouvier d’un village perdu de Madagascar pour devenir le chef d’un peuple entier ? » (Cahier bleu, 29 mai 1970).

‘ « Dieu a choisi le modeste berger parce qu’il sait que seul celui qui a été pauvre peut comprendre le pauvre, seul l’homme qui a souffert peut comprendre celui qui souffre. Notre peuple était pauvre comme était pauvre le peuple d’Israël, David était un véritable saint. Cependant Dieu a mis dans mon cœur un peu de force qui a guidé David : l’amour des petits et des humbles » (Cahier bleu, 30 mai 1970).

-plus simplement, parce que « Dieu sait que Madagascar a encore et toujours besoin de Tsiranana» (Loda, Le Courrier de Madagascar du 10 janvier 1972).

Le candidat Tsiranana et tous ceux qui font campagne pour lui pensent que Philibert Tsiranana résume en lui la nation malgache :

-« Oui, j’appartiens à tout Madagascar. Mes Ancêtres sont venus du Sud. Ils sont venus du Nord. Ils sont venus des forêts betsimisaraka et même des terres arides de l’Imerina.

Mes ancêtres ont été des rois, ils ont été des hommes libres, et quelque fois même, ils sont tombés en esclavage.

Ainsi comme le Betsiboka qui charrie toute la terre rouge de Madagascar, de l’Onilahy au pays Tsimihety, du prince à l’esclave, c’est le sang de tous les Malgaches qui circule en mes veines » (Cahier bleu, page 99).

Ainsi est-il l’homme en lequel toute la Nation se rassemble : des quatre points cardinaux et de toutes les catégories sociales, le peuple converge vers lui depuis le temps ancestral. Les dix-huit lettres de son nom n’en sont-elles pas aussi l’expression ? (cf. la citation de Loda).

Par conséquent, le candidat Tsiranana et tous ceux qui font campagne pour lui pensent qu’élu de Dieu, Philibert Tsiranana est en même temps l’élu des Ancêtres et que ces deux élections n’en font qu’une :

-« Tsiranana, c’est l’homme que Dieu et nos Ancêtres ont désigné pour faire de Madagascar une grande Patrie du Grand Peuple Malgache uni et fraternel » (Calvin Tsiebo, Le Courrier de Madagascar du 19 octobre 1971).

Le candidat Tsiranana et tous ceux qui font campagne pour lui pensent que cette élection divine et ancestrale se révèle dans le choix de la nation toute entière lors des élections :

-En effet, la Nation ne peut pas ne pas élire celui que Dieu et les Ancêtres ont choisi, celui qui résume en lui toute la Nation : « Celui qui remplacera le Président Tsiranana à la tête du pays n’est pas encore né et s’il est né, nous l’ignorons, car Dieu et nos Ancêtres ne l’ont pas encore désigné ». (Loda le 8 octobre 1971 à Mahabo).

-Inversement, Dieu et les Ancêtres ne peuvent pas ne pas choisir celui que la Nation choisit : « Tsiranana est (…) un farouche partisan de l’émancipation de la femme ». Mme Rasoamampionona a dit cela avec force, d’une voix bien distincte et une foi propre à soulever les montagnes. Elle a ponctué son discours par le célèbre dicton : « Ce que femme veut, Dieu veut ! » arrachant un tonnerre d’applaudissements prolongés » (Le Courrier de Madagascar du 15 janvier 1972).

Enfin, le candidat Tsiranana et tous ceux qui font campagne pour lui pensent que la Nation ne peut pas ne pas choisir Philibert Tsiranana puisqu’en le choisissant, elle se choisit elle-même en la personne de celui qui la résume : voilà le sens dernier du suffrage universel qui fait que ‘ « Tsiranana n’est pas au Parti Social Démocrate mais à la Nation entière » (Rabary, Le Courrier de Madagascar du 11 janvier 1972).

-« Le Président appartient au peuple, sans aucune distinction car il est élu au suffrage universel et s’emploiera à fond à toujours chercher le meilleur pour ce peuple dans tous les domaines ». (Tsiranana à Antsirabe, Le Courrier de Madagascar du 14 janvier 1972).

-« Le Président de la République élu au suffrage universel est, par définition, l’homme de la Nation, qui est versé corps et âme au service de la Patrie ». (Tsiranana à Tuléar, Le Courrier de Madagascar du 12 janvier 1972).

-« Le gouvernement de la République est un gouvernement du peuple pour le peuple » (Tsiranana à Ambatondrazaka, Le Courrier de Madagascar du 19 janvier 1972).

Tout ceci ne se voit-il pas dans la floraison des Comités de Soutien à la candidature de Philibert Tsiranana : comme des « sportifs » , des « intellectuels », des « catholiques », des « forces vives », des «femmes du Boina», des « sans parti », des « prolétaires de Tananarive », des « ex-MDRM », etc.

Le candidat Tsiranana et tous ceux qui font campagne pour lui pensent qu’ainsi élu de Dieu, des Ancêtres, de la Nation qu’il rassemble et résume, Philibert Tsiranana est investi d’une mission par Dieu et les Ancêtres :

Il est désigné pour être :

-« le guide éclairé » (Loda) ;

-« le Moïse du peuple malgache » (Tsiebo) ;

-« l’Isaïe du peuple malgache, celui qui est digne de conduire le pays vers le progrès et le mieux-être, dans la paix et l’unité nationale ». (Loda, Le Courrier de Madagascar du 29 décembre 1971).

Il est choisi de même que David le fut pour Israël. Mais Philibert Tsiranana n’ose pas se comparer à David (cf citation Cahier bleu du 30 mai 1970). Mais nul ne s’étonnera que telle soit sa prière :

« Ma prière :

Mon Dieu, je veux bien comme Job, perdre tous mes biens et devenir pauvre. Je veux bien tomber un jour en combattant comme un soldat au front, mais donne-moi toujours le désintéressement, le dévouement, la chance de David ; donne-moi la sagesse de Salomon, pour que je puisse conduire très loin le peuple que tu m’as confié ». (Cahier bleu, juin 1971).

Aussi, le candidat Tsiranana, président sortant, pense-t-il sa mission comme un service :

« On est candidat à la Présidence de la République pour se faire l’esclave du peuple ».’ (Tsiranana à Antsirabe, Le Courrier de Madagascar du 14 janvier 1972).

« J’ai été l’esclave du peuple pendant quatorze ans et je le serai encore aussi longtemps que Dieu et la Nation le voudront bien » (Idem).

Le candidat Tsiranana et tous ceux qui font campagne pour lui pensent que pour réaliser sa mission, le président Tsiranana est investi de la grâce divine :

« Quels que soient les calculs et les efforts de l’homme, s’ils sont contraires à la volonté de Dieu, ils ne réussiront pas.

Saül n’a rien pu faire contre David, et le géant Goliath a été vaincu par le faible berger aimé de Dieu. A défaut de force, Dieu a donné l’habilité à David, il a déjoué les pièges de Saül. Ainsi, celui que Dieu a choisi peut aller le cœur serein, aucun Goliath ne pourra jamais le briser ». (Cahier bleu, 1er juin 1970).

Les « péripéties » dont le Président Tsiranana est sorti vainqueur ne sont-elles pas le signe de cette grâce justement ?

En conclusion

Résumant en lui toute la Nation malgache, au-delà des différences ethniques et sociales, élu de Dieu au travers du choix de tous les Ancêtres dont le sang coule en ses veines, investi de la Mission de conduire le peuple Malgache vers la terre de l’unité et du progrès, objet de la grâce divine, le Candidat Tsiranana ne peut être que l’unique candidat dans lequel la Nation se reconnaît. Il ne reste à tous ceux qui font campagne pour lui qu’à prêcher sa parole :

« Le Président nous a donné un commandement nouveau : « aimez-vous les uns les autres au sein du Parti Social Démocrate » (Rakotomisa à Ambatondrazaka).

Et répétons ensemble : « Une Seule Patrie, un Seul Chef dans la Démocratie ».

mardi 28 janvier 2014

PHILIBERT TSIRANANA - Politika

Philibert Tsiranana : premier président de la République de l’île de Madagascar
Homme politique de renom, Philibert Tsiranana fut le premier président de la République de l'histoire de l'île de Madagascar. D'origine très modeste, aucun n'aurait pu imaginer un instant à quel fabuleux destin le père de l'indépendance malgache allait être voué ! Philibert Tsiranana voit le jour officiellement en 1912 et officieusement en 1910 dans une petite localité du district de Mandritsara, au nord ouest de la Grande Ile. Issu d'une famille de bouviers appartenant à l'ethnie des « Tsimihety », le jeune Tsiranana était dès le départ voué à garder le troupeau familial.

Mais un évènement tragique, la mort de son père, allait changer le destin d'éleveur de boeufs tout tracé du jeune Philibert. En effet, suite à cette tragédie, Tsiranana, confié à un oncle, eut l'opportunité d'intégrer une école primaire grâce aux bons offices de ce dernier. Se révélant être un élève assidu et brillant, le jeune garçon gravit petit à petit les échelons. En 1926, il réussit à décrocher son certificat d'études du second degré.

Cela lui permet d'intégrer en 1930 la prestigieuse école « Le Myre de Vilers » situé dans la capitale de la Grande Ile : Tananarive. Formé au métier d'instituteur par cet établissement, Tsiranana décroche son diplôme au bout de quelques années et se paie même le luxe de sortir major de sa promotion. Embrassant dès lors une carrière dans l'enseignement, le jeune homme fera profiter de ses connaissances sa région natale avant de se lancer un nouveau défi : celui d'accéder au professorat, chose qu'il accomplira en 1945. Décrochant l'année suivante une bourse d'études au sein de l'école normale de Montpellier, Philibert Tsiranana quitte Madagascar pour la France métropolitaine en novembre 1946.

Parallèlement à cette carrière flamboyante dans l'enseignement, Tsiranana s'intéresse énormément à la politique de son pays alors sous la coupe du colonisateur français.

Ce goût de la politique, le jeune instituteur l'hérita de son mentor, Paul Ralaivoavy qui était à l'origine d'un groupuscule d'obédience communiste en 1946 : le GEC (Groupe d'Etudes Communistes de Madagascar) auquel d'ailleurs Tsiranana avait lui-même adhéré. Grâce à ses relations dans le GEC, l'enseignant put créer à son tour en 1946 son propre parti politique : le PADESM (Parti des Déshérités de Madagascar).

Le mouvement du jeune Tsiranana entendait à l'époque lutter contre les inégalités dont souffraient les côtiers (les Malgaches originaires des côtes malgaches) dans la classe politique malgache devant la prédominance des Merina (ethnies originaires des Hauts Plateaux et de la capitale malgache en général). Durant son séjour sur le territoire français de 1946 à 1950, Philibert Tsiranana prenant encore davantage conscience du manque d'accessibilité des côtiers à l'élite de la société malgache, prend l'initiative de créer l'AEMC (Association des Etudiants Malgaches Côtiers).

De retour sur le sol malgache en 1950, il prend alors une part active dans la vie politique malgache.

C'est ainsi que l'homme, enfin politicien, grâce à un discours progressiste contrastant avec ses positions originaires et prônant l'unification et la réconciliation nationale pour faire taire les différends tribaux, réussit à se faire élire au poste de conseiller provincial dans la circonscription de la province de Majunga en 1952. Homme politique ambitieux, Tsiranana réussit en 1956 à se faire élire député de Madagascar.

Grâce à cette nouvelle ascension, l'homme se dote d'une stature d'envergure nationale qui lui permet d'être le relais « naturel » des revendications indépendantistes malgaches auprès de la France. Cependant, politique pragmatique, Philibert Tsiranana savait que le seul moyen d'accéder à l'indépendance passerait par une négociation pacifique sans effusion de sang.

Confirmé ainsi comme étant un des leaders malgaches les plus influents, Tsiranana mettra en place un nouveau parti politique avec la complicité de quelques compagnons du PADESM : le PSD ou Parti Social Démocrate. Séduisant les autorités coloniales par sa politique progressiste et modérée, Tsiranana connaît une ascension irrésistible, aidé en cela par la volonté desdites autorités d'instaurer une autonomie progressive dans les colonies africaines. C'est ainsi qu'en 1957, il accède à la vice-présidence du Conseil du Gouvernement.


Trois ans plus tard, le 26 juin 1960, Philibert Tsiranana réussit à convaincre le Général De Gaulle d'accorder la souveraineté totale à la Grande Ile et devient par la même occasion le premier président de la République de Madagascar. Cet exploit vaudra au président 7 ans d'état de grâce de la part du peuple malgache. Partisan au départ du libéralisme politique à l'occidental, le régime de Tsiranana vire peu à peu à une « démocratie restreinte » qui ne voit les principes démocratiques appliqués effectivement que dans les grands centres urbains.

Usé petit à petit par le pouvoir et déphasé par rapport aux réalités politiques, Philibert Tsiranana ne pourra empêcher les insurrections estudiantines de 1971 qui auront raison de lui. A bout, il confie les pleins pouvoirs au chef d'état-major de l'Armée : le Général Gabriel Ramanantsoa le 18 mai 1972. Mis au ban de la politique, Tsiranana décède le 16 avril 1978 en laissant à la Grande Ile un héritage politique des plus importants et un bilan économique plus qu'honorable.

liens de l'association : http://philibertsiranana.org/index.html

Un témoignage d’une ancienne secrétaire ayant travaillé à l’ancien Hôtel de ville de la capitale incendié en 1972, membre du PSD, atteste que le président Philibert Tsiranana est un initiateur des actions sociales à Madagascar. La dame en question faisait partie des équipes féminines qui sillonnaient les quartiers d’Antananarivo avec mission de recenser les familles défavorisées d’où étaient issus les enfants qui travaillaient au « porter Madame » (petits porteurs des emplettes plus ou moins lourdes des femmes). Le Président donnait des emplois aux parents de ces enfants, de la nourriture lors des fêtes nationales et, par le biais de la Fondation Philibert Tsiranana, envoie certains étudier à l’extérieur ou, pour les jeunes filles, dans des centres de formation en couture ou en artisanat.

Madagasikara, Réflexion : Sous les Pavés... la démocratie ?


1972, 1991, 2002, 2009... L'histoire du pays est, depuis l'indépendance, un éternel recommencement : il faut que les Malgaches manifestent, et que certains d'entre eux y laissent leur vie, pour que le régime en place vacille. Dans la Grande Ile, on vote "avec les pieds", mais cela s'avère bien souvent sans effet. Attendus comme le messie, les chefs d'État successifs, qui se sont essayés tantôt au libéralisme, tantôt au socialisme, n'ont jamais su endiguer la spirale de la misère. Si bien que dans ce pays à la terre et au sous-sol riches, les trois quarts de la population vivent au jour le jour.

Cela se passe bien souvent un samedi. Qui peut être « rouge », « sanglant » ou « noir » selon les époques - dramatique, toujours. Et cela aboutit à la victoire de la rue, ou du moins des chefs politiques qui l'ont utilisée. En 1972, en 1991, en 2009, le scénario est quasi identique : des milliers de manifestants réclament le départ du président. Paralysant la capitale, Antananarivo, ils se lancent à l'assaut d'un symbole de la République ; les forces de l'ordre tirent dans le tas. Suivent quelques jours de deuil, pas mal de tergiversations et de rumeurs, puis, immanquablement, la chute du régime.

L'histoire politique de Madagascar est un éternel recommencement. L'alternance politique a été obtenue, presque à chaque fois, à l'issue de manifestations. Ici, « la démocratie par la rue » prend tout son sens, si bien que l'on ne se demande plus s'il y aura une prochaine fois, mais quand elle arrivera. « Ce qui nous inquiête, c'est que les crises se rapprochent dans le temps : dix-neuf ans entre 1972 et 1991, onze ans jusqu'en 2002, sept ans jusqu'en 2009... » constate le juriste Johary Ravaloson, militant actif du mouvement dit de la société civile.

La genèse de cette chronique ne date pas du 26 juin 1960, quand Philibert Tsiranana, le chouchou de Paris, proclame l'indépendance de la Grande Ile. A en croire la première génération d'historiens malgaches, la « véritable » indépendance du pays a été gagnée en mai 1972, lorsque des dizaines de milliers de manifestants ont obtenu le départ du président vieillissant. Ce qui est sûr, c'est que le 13 mai 1972 est perçu comme le jour de la libération. Ce n'est pas un hasard si la place de l'Indépendance, d'où partent toutes les révoltes depuis quarante ans, est devenue celle du 13-Mai. Pas pour rien, non plus, que bon nombre de Tananariviens l'appellent volontiers « la place de la Démocratie »...

Au soir du 13 mai 1972, à Tana, on dénombre entre 25 et 40 morts et des centaines de blessés parmi les manifestants. Voilà plusieurs jours que les étudiants, rejoints par les travailleurs, réclament le départ de Tsiranana, réélu pour un troisième mandat en janvier 1972. Après douze ans de règne sans partage, le régime est aux abois. Pénurie des principales denrées, hausse du prix de la viande, chômage..., les motifs de mécontentement sont nombreux. Il n'est plus seulement question du niveau de vie ; on réclame l'indépendance, la vraie - qui passe par la malgachisation de l'enseignement et la révision des accords de coopération avec Paris. « Accords de coopération, accords d'esclaves », scandent les manifestants.

Le 18 mai, Tsiranana confie les pleins pouvoirs au général Gabriel Ramanantsoa. On assiste alors à un concentré des crises suivantes : l'armée est perçue comme l'ultime recours, on élabore une nouvelle Constitution, des alliances se font et se défont, et certains leaders politiques jouent sur la corde sensible de la rivalité entre les Malgaches de la côte et ceux des hauts plateaux (les Merinas) pour arriver à leur fin.

Fragilisé par une tentative de putsch d'un colonel en 1974, Ramanantsoa passe la main en février 1975 au colonel Richard Ratsimandrava, « l'espoir du peuple paysan », assassiné six jours plus tard. La voie est libre pour Didier Ratsiraka...

Vague rouge

Inconnu avant sa nomination, en 1972, aux Affaires étrangères, cet ancien attaché militaire à l'ambassade de Paris s'est fait un nom en menant une diplomatie de rupture : révision des accords avec la France (sortie de la zone franc, évacuation des bases militaires françaises), fin des relations avec l'Afrique du Sud de l'apartheid, rapprochement avec le bloc communiste. L'officier de 38 ans est doué d'une intelligence vive. Bercé d'idéaux nationalistes, il surfe sur la vague rouge qui déferle dans l'océan Indien, des Seychelles aux Comores en passant par La Réunion.

Ratsiraka nationalise, promeut les coopératives et lance une réforme agraire. Mais il ne remplit pas les assiettes. Dès le début des années 1980, il doit revoir sa politique économique. La suite est connue : libéralisation, plan d'ajustement structurel...

Bien que réélu en 1989, l'amiral Ratsiraka - qui restera à jamais celui qui a su dire « non » aux vazaha (« Blancs ») - a perdu de sa superbe. La pauvreté progresse. Le régime se radicalise. Et, encore une fois, c'est la rue qui le fera tomber. Juillet 1991 : c'est la grève générale, il n'y a plus ni avions, ni taxis, ni banques ouvertes.

Les leaders politiques, dont le professeur Albert Zafy, sont dépassés par la foule des « gueux » qui, venant des bas quartiers, n'ont rien à perdre. Le samedi tragique survient le 10 août. Des milliers de personnes se dirigent vers Iavoloha, le palais présidentiel construit par les Nord-Coréens. L'armée laisse faire, mais pas le régiment de la sécurité présidentielle, qui ouvre le feu : on dénombre plus de 100 morts et 200 blessés. L'amiral prend le large.

La présidence de Zafy, élu en 1993, ne sera qu'une parenthèse. Trois ans plus tard, affaibli, il rend son tablier. Et permet le retour de Didier Ratsiraka.

Roi du yaourt

Sous Ratsiraka II, l'économie redémarre, le pluralisme politique et médiatique est préservé. Mais en décembre 2001, lors de la présidentielle, le nouveau venu en politique, star du yaourt et maire de la capitale, Marc Ravalomanana, tient la dragée haute à l'amiral. Il affirme avoir remporté l'élection au premier tour, ce que Ratsiraka conteste. Encore une fois, la crise se dénoue dans la rue. C'est un déferlement. Cette fois, pas de samedi sanglant, mais un long processus de sept mois qui prendra fin le 5 juillet, lorsque Ratsiraka se réfugie en France.

En 2009, rebelote. Réélu en 2006, Ravalomanana a obtenu quelques bons résultats économiques mais gouverne avec opacité en faisant la part belle à son groupe agroalimentaire, Tiko. Il s'est aliéné les politiques en monopolisant la parole publique, puis les « grandes familles » qui depuis l'indépendance avaient accaparé les richesses du pays, et enfin la France, premier bailleur, soumis à la concurrence des Etats-Unis, du Canada et de la Chine
La riposte est un remake : manifestations, gouvernement de transition, tuerie du 7 février 2009 (entre 25 et 50 morts sous les balles de la garde présidentielle), intervention des églises puis de l'armée... Ravalomanana fuit le 17 mars. Son successeur, Andry Rajoelina est son double : Merina comme lui, homme d'affaires, élu également maire de Tana, il est à la tête d'un parti sans idées, qui n'existe que par lui. Dans ce contexte, « on voit mal comment on pourra éviter une autre crise », se désole Ravaloson.

En attendant, chaque crise ralentit, voire anéantit, les quelques réussites d'un pays classé parmi les plus pauvres du monde. Alors que certaines familles s'enrichissent plus que de raison, des hordes de paysans rejoignent les bas quartiers de Tana pour fuir la misère. Aujourd'hui, plus de 70 % des Malgaches vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Autant de fantassins pour les futurs prétendants au trône

Source Jeune Afrique.
http://www.jeuneafrique.com/Articles/Dossier/ARTJAJA2580p042-045.xml0/anniversaire-pauvrete-rebellion-francois-bozizemadagascar-la-democratie-par-la-rue.html